Crise sanitaire : comment les casinos français s’adaptent ?

L’été dernier, Club Poker se penchait sur l’impact de la crise sanitaire sur la fréquentation des casinos français. Six mois plus tard, le tableau n’est guère plus reluisant. Comme les cinémas ou les théâtres, les établissements de jeux ont été contraints de fermer à nouveau leurs portes en octobre dernier. Avec pour conséquence de plomber pour de bon le Produit Brut des Jeux : en décembre, le Groupe Barrière déplorait ainsi un PBJ en repli de 27 % sur l’exercice 2019-2020 (clos fin octobre) et de 47 % sur l’ensemble de l’année civile.

Dans ces conditions, et comme plusieurs médias s’en sont fait l’écho cette semaine, le leader français du secteur prévoit de procéder à un certain nombre de licenciements. Combien ? Force Ouvrière, premier syndicat de l’industrie, évoque le départ d’environ 70 salariés en attendant des plans de sauvegarde de l’emploi à Deauville et Enghien-les-Bains. Le Figaro estime lui que près de 200 postes pourraient être concernés au total. Un chiffre à mettre en relation avec les 6 000 collaborateurs employés par l’entreprise, dont un peu moins de 4 000 au sein des casinos.

Les 25 casinos français du groupe, justement, pourraient être touchés au premier chef. Force Ouvrière s’inquiète d’ailleurs d’en voir à l’avenir “fonctionner sans chef de table ni chef de partie“. Les établissements de jeux ne seront toutefois pas les seuls à encaisser le choc. 30 suppressions de postes devraient affecter le siège parisien. Le groupe compte par ailleurs 18 hôtels et 140 restaurants, dont quelques-uns en première ligne. France Bleu s’attarde par exemple, du côté de Deauville-Trouville, sur l’arrêt total des séminaires d’entreprise. Dans un resort où le tourisme d’affaires représente 30 % du chiffre d’affaires, un retour à la normale de la fréquentation n’est pas espéré “avant plusieurs mois voire plusieurs années“.

Les autres casinotiers opérant dans l’Hexagone traversent bien entendu les mêmes difficultés. Le mois dernier, le Groupe Partouche communiquait un chiffre d’affaires en baisse de 20,8 % sur l’exercice 2019-2020. Avec bien souvent, derrière ces chiffres, des contrecoups pour toute l’économie locale. C’est par exemple le cas à la Roche-Posay, dans le Nord-Vienne, où France Bleu rapporte que la fermeture du casino a entraîné un manque à gagner significatif pour la commune. En temps normal, la localité perçoit 1,2 million d’euros au titre du prélèvement sur le PBJ de son casino. En 2020, ce montant a plongé d’un tiers et la municipalité a en conséquence contracté un emprunt de 800 000 € pour sécuriser son budget.

Vous appréciez ce petit tour de France des régions façon Jean-Pierre Pernault ? Allons donc jeter un œil du côté de La Grande Motte pour refermer cette revue de presse sur une note positive. Le Pasino héraultais s’apprête en effet à vivre une première mondiale : l’ouverture d’un Casino Drive. Peut-être ce nom évoque-t-il à votre oreille la possibilité de récupérer ses courses en voiture, sans même franchir la porte de votre supermarché. Eh bien figurez-vous que le concept n’est pas si éloigné.

Afin de contourner les obstacles causés par la crise sanitaire, les équipes de Partouche ont imaginé à La Grande Motte un espace de jeu constitué de boxes privatifs accessibles en voiture. Au total, 17 boxes (sept de 9 m2 et dix de 25m2) ont été aménagés sur un espace de 2 500 mètres carrés face au casino, dont une partie sur des places de stationnement. Concrètement, des groupes de deux à cinq joueurs seront orientés à leur arrivée vers l’un de ces boxes. Ils trouveront alors sous la tente une banquette, une table basse, une machine à café, un mini-bar, du chauffage, de la décoration et bien sûr des postes de roulette, de black jack électroniques, des machines à sous ou de vidéo poker.

La police des jeux a d’ores et déjà validé ce concept qui imposera également le port du masque sous la tente, la désinfection des boxes après chaque passage ou encore l’absence de contact avec le personnel. Sur ce dernier point, l’équipe du Pasino précise tout de même que la distance n’empêchera pas de préserver un contact permanent : “Tout est filmé et tous les boxes sont reliés à un opérateur qui peut communiquer un message, tout comme le client peut entrer en contact avec lui s’il y a un problème“.

Dans un établissement qui a perdu la moitié de son chiffre d’affaires en 2020, et dont la majorité des 130 employés sont en chômage partiel, ce dispositif innovant suscite beaucoup d’espoir et pourrait même faire des petits en cas de succès. Le Groupe Partouche, qui a investi 200 000 € dans la location des tentes et leur câblage, n’attend désormais plus que le feu vert du préfet. À suivre…

Latest posts